Georges Braque,
Le billard ( 1944 )
La longue évolution de l'artiste est désormais parvenue à sa conclusion : dans ce tableau pourtant tardif de Braque, l'expérience cubiste a laissées des traces évidentes : perspective bouleversée, multiplicité des points de vue, négligence de l'apparence réelle des choses afin de saisir plus pleinement, presque tactilement, leur nature et leurs rapports mutuels dans l'espace. Toutefois cette œuvre présente, par rapport aux tableaux précédents, un caractère plus "naturaliste" : l'orchestration minutieuse des plans acquiert un équilibre de plus grande envergure, tandis que la géométrie de l'espace - sévère et très équilibrée comme toujours chez Braque - s'anime de motifs plus concrets, comme par exemple cette nature morte du fond qui sert de liaison entre les plans du billard, des fenêtres et des murs.
Jacques Villon,
L'aventure ( 1935 )
Chez Villon, les problèmes esthétiques les plus débattus de ce siècle prennent un accent tout particulier qui trouve sa poésie interne dans l'accord toujours heureusement poursuivi entre une brillante vision intellectuelle, une volonté clairement systématique, et une transfiguration lyrique. Ici le morcellement des plans, typique instrument du langage cubiste, tend à laisser inaltéré l'aspect naturel de la réalité et se construit sur une solide trame géométrique, selon le schéma pyramidal que l'on retrouve si souvent dans l'oeuvre de Jacques Villon.
Pablo Picasso,
Tête de jeune fille ( 1949 )
L'expressivité bouleversée de tant de "monstres" de Picasso s'est détendue ici en une vision plus souriante : l'imagination débordante de l'artiste s'est pliée à un langage plus serein ; ce qui nous vaut cette figure paisible, très légèrement ironique.
Pierre Bonnard,
Coin de table
Matisse et Bonnard travaillent avec une ardeur infatigable même au cours des deux guerres. Leurs inégalable position de premier plan sur la scène artistique du XXème siècle est prouvée autant par la valeur intrinsèque de leurs oeuvres que par leurs échos qu'elles suscites chez les plus jeunes : en Matisse, les peintres de la génération contemporaine trouvent un idéal de suprême élégance, auquel les arabesques de la ligne et la qualité toujours brillantent de la couleur prêtent une atmosphère solaire, de type classique ; chez Bonnard, ils admirent la richesse d'une matière qui évoque dans ses vibrations tout un monde caché de souvenirs lointains, passés au filtre du temps .
Henri Matisse,
Nu rose
Le bleu violent au fond fait ressortir les chairs rosées du nu tandis que le quadrillage blanc met en valeur la sinuosité extrêmement pure des lignes.
Henri Matisse,
Tristesse du roi
Cette composition d'une verve extraordinaire est basée uniquement sur la répétition d'un seul motif; mais sa qualité réside surtout dans celle de la couleur, déployée dans les tons les plus vifs.
Constantin Brâncusi,
Le miracle ou le phoque
La recherche passionnée de la forme essentielle de l'objet, dégagée de la multiplicité chaotique et distrayante des détails qui l'entourent, est le problème central de la poétique de Brâncusi : cette recherche, le sculpteur roumain la poursuivra durant toute sa vie, variant évidemment des thèmes et modifiant ses formes mais conservant toujours me même objectif final, celui d'une spiritualisation progressive des moyens et du langage. Et, en maintenant cette attitude, Brâncusi, restera toujours un isolé : aussi éloigné des figuratifs que des non-figuratifs, des abstraits que des artistes attachés à l'apparence des choses.
Wassily Kandinsky,
Ciel Bleu
Kandinsky avait prédit que l'art à venir serait "abstrait". Or, une grande partie de la peinture contemporaine suit en effet ce mouvement abstrait dont il fut non seulement l'initiateur mais le maître incontesté; son e-oeuvre continue d'apporter des suggestions aux jeunes peintres : motifs stylistiques et schémas formels qui sont développés parfois dans une direction très différente de celle qu'il avait indiquée.
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